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Franc-maçon : définition, origines et réalité

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Guillaume Renaud
· · 13 min de lecture

Peu de mots français traînent autant de malentendus que celui-ci. Demandez autour de vous ce qu’est un franc-maçon : vous obtiendrez tour à tour une secte, un réseau d’influence, un club de notables, une religion déguisée, une association philanthropique. Ces réponses ne sont pas également fausses — certaines contiennent une part de vrai — mais aucune ne définit correctement l’objet.

Le problème tient largement au fait que la franc-maçonnerie ne ressemble à rien d’autre. Ce n’est ni un parti, ni une Église, ni une association loi 1901 ordinaire, ni une école. Elle emprunte quelque chose à chacun de ces modèles sans se confondre avec aucun. D’où la difficulté à la définir en une phrase — et la prolifération des définitions approximatives.

Cet article donne la définition précise, son étymologie, ce qu’un franc-maçon fait concrètement, d’où l’institution vient, et où elle en est en France aujourd’hui.

Définition et étymologie

Ce que dit la définition

Une définition défendable tient en une phrase : un franc-maçon est un membre d’une société initiatique et fraternelle qui, réuni en loge avec d’autres, utilise un ensemble de rites et de symboles issus du métier de bâtisseur pour travailler à son propre perfectionnement et à celui de la société.

Chaque terme de cette phrase compte.

Initiatique signifie qu’on n’y entre pas par simple adhésion : il faut être présenté, examiné, admis par un vote, puis recevoir une cérémonie d’initiation. On ne s’inscrit pas à la franc-maçonnerie comme à un club de tennis.

Fraternelle renvoie à l’engagement d’assistance mutuelle entre membres — l’un des rares points communs à toutes les obédiences du monde.

En loge désigne la cellule de base : un groupe d’une trentaine à une centaine de membres qui se réunit régulièrement, possède un nom, et se rattache à une obédience.

Rites et symboles constituent la méthode. C’est le point le plus spécifique : la franc-maçonnerie ne travaille ni par cours magistraux ni par débats libres, mais par la méditation collective de symboles — l’équerre, le compas, la pierre brute — dont chacun tire sa propre lecture.

D’où vient le mot « franc-maçon »

Le terme est un calque de l’anglais freemason, apparu en français dans les années 1730. Son origine fait l’objet de deux hypothèses, et l’honnêteté oblige à dire que la question n’est pas définitivement tranchée.

La première, aujourd’hui privilégiée par la plupart des historiens, rattache free à freestone : la « pierre franche », un calcaire à grain fin qui se taille dans toutes les directions. Le freestone mason serait le tailleur de pierre fine, par opposition au maçon de gros œuvre — un spécialiste hautement qualifié.

La seconde lit free au sens de « libre » : le maçon affranchi des obligations de la corporation locale, autorisé à circuler d’un chantier à l’autre. Cette lecture a longtemps dominé et reste défendue.

Les deux convergent sur l’essentiel : le mot désigne au départ un artisan qualifié et mobile, pas un initié à des mystères.

Vrai ou faux ?

Six idées reçues sur la franc-maçonnerie. Répondez, la correction s'affiche aussitôt.

  1. La franc-maçonnerie est une société secrète.

  2. Il faut croire en Dieu pour devenir franc-maçon.

  3. Les femmes peuvent être franc-maçonnes.

  4. La franc-maçonnerie descend directement des Templiers.

  5. Un franc-maçon prête assistance à un autre franc-maçon.

  6. On peut demander à entrer en franc-maçonnerie.

Que fait concrètement un franc-maçon ?

C’est la partie la plus mal connue, et la plus prosaïque.

Il assiste à des « tenues »

Une loge se réunit en moyenne deux fois par mois, en soirée, de septembre à juin. Cette réunion s’appelle une tenue. Elle se déroule selon un rituel codifié qui ouvre et ferme les travaux, occupe généralement deux à trois heures, et se prolonge souvent par un repas — les « agapes ».

Il présente et écoute des « planches »

Le cœur du travail est un exposé, appelé planche, présenté par un membre devant les autres. Le sujet peut être symbolique (une lecture personnelle du pavé mosaïque), historique, philosophique ou d’actualité selon les obédiences. Suit un tour de parole où chacun s’exprime sans être interrompu ni contredit frontalement — une règle de forme qui distingue nettement une tenue d’un débat ordinaire.

Il progresse en grades

Trois grades structurent la maçonnerie dite symbolique : Apprenti, Compagnon, Maître. Le passage de l’un à l’autre demande plusieurs années et une cérémonie. L’Apprenti, par tradition, se tait en tenue : il écoute pendant un an ou plus avant de prendre la parole. Au-delà du grade de Maître existent des systèmes de « hauts grades », facultatifs, propres à chaque rite.

Il paie une cotisation

Détail rarement mentionné et pourtant décisif : l’appartenance a un coût. Entre la cotisation à la loge, celle à l’obédience, l’achat des décors et la participation aux agapes, il faut compter plusieurs centaines d’euros par an. C’est l’un des filtres sociologiques les plus réels de l’institution.

D’où vient la franc-maçonnerie

Des corporations aux loges spéculatives

L’ancêtre documenté de la franc-maçonnerie, ce sont les corporations de bâtisseurs médiévales — les maçons opératifs, qui construisaient réellement. Ils avaient leurs loges, au sens propre : les baraquements adossés au chantier où l’on remisait les outils, prenait les repas et transmettait le métier.

À partir du XVIIᵉ siècle, en Écosse puis en Angleterre, ces loges commencent à accueillir des membres qui ne sont pas du métier — des « maçons acceptés ». Le glissement s’opère progressivement : quand ces membres extérieurs deviennent majoritaires, la loge cesse d’être professionnelle pour devenir spéculative.

1717, et ce qu’il faut en penser

La date traditionnellement retenue est 1717 : quatre loges londoniennes se fédèrent pour former la première Grande Loge. En 1723 paraissent les Constitutions d’Anderson, premier texte à donner à l’institution des règles écrites.

Une précision d’historien s’impose : cette date de 1717 provient d’un récit publié par Anderson en 1738, soit vingt et un ans après les faits, sans source contemporaine pour l’étayer. Plusieurs chercheurs proposent aujourd’hui 1721 comme date plus vraisemblable de constitution effective. Retenez 1717 comme date de fondation traditionnelle, en sachant qu’elle est discutée.

L’arrivée en France

Les premières loges apparaissent en France dans les années 1720-1730, souvent fondées par des exilés jacobites britanniques. L’institution se structure lentement, puis se dote en 1773 de sa forme la plus durable avec la création du Grand Orient de France, toujours la première obédience du pays.

Cette histoire est détaillée dans notre rubrique Histoire de la franc-maçonnerie.

La franc-maçonnerie en France aujourd’hui

Les chiffres

Les estimations convergent autour de 150 000 à 175 000 membres, à manier avec prudence : toutes les obédiences ne publient pas leurs effectifs, et les doubles appartenances existent. À l’échelle mondiale, le chiffre le plus souvent avancé est d’environ six millions, très majoritairement dans le monde anglo-saxon.

Les principales obédiences

ObédienceFondationCompositionOrientation
Grand Orient de France1773Masculine, initie aussi des femmes depuis 2010Adogmatique
Grande Loge de France1894MasculineDéiste, Rite Écossais Ancien et Accepté
Grande Loge Nationale Française1913MasculineRégulière, reconnue par Londres
Le Droit Humain1893MixteAdogmatique
Grande Loge Féminine de France1945FéminineAdogmatique

Cette diversité est la clé de beaucoup de malentendus : une affirmation vraie d’une obédience est souvent fausse d’une autre. Il n’existe pas « une » franc-maçonnerie française mais un paysage.

Franc-maçonnerie et religion

La question revient constamment, et elle a une réponse historique nette.

Jusqu’en 1877, le Grand Orient de France imposait à ses membres la référence au Grand Architecte de l’Univers et la croyance en l’immortalité de l’âme. Cette année-là, sur un rapport du pasteur Frédéric Desmons, il supprime cette obligation au nom de la liberté absolue de conscience. La Grande Loge Unie d’Angleterre rompt alors ses relations avec lui — une rupture jamais réparée, qui explique la division persistante entre obédiences dites régulières (théistes) et adogmatiques.

Du côté de l’Église catholique, la condamnation est ancienne et constante : la bulle In eminenti de Clément XII date de 1738, et une déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi a réaffirmé en 1983 l’incompatibilité entre appartenance maçonnique et communion catholique.

Il faut donc répondre par obédience, jamais en général : on peut être franc-maçon et athée, franc-maçon et croyant, et selon la loge on vous demandera ou non de vous prononcer.

Ce qu’un franc-maçon n’est pas

Ce n’est pas un membre d’une secte. Aucune vérité révélée n’est imposée, on peut démissionner à tout moment, la rupture familiale n’est jamais exigée et aucun gourou ne dirige l’ensemble.

Ce n’est pas un conspirateur. L’idée d’un plan mondial coordonné se heurte à un obstacle simple : les obédiences ne se reconnaissent souvent pas entre elles et sont en désaccord permanent sur l’essentiel.

Mais ce n’est pas non plus un enfant de chœur. Le refus du complotisme n’oblige pas à l’angélisme. Des affaires judiciaires françaises ont établi des faits de favoritisme dans lesquels des réseaux maçonniques ont joué un rôle. C’est un risque documenté, reconnu par les obédiences elles-mêmes, et il mérite d’être nommé plutôt que balayé. Nous développons ce point dans mythes et réalités sur la franc-maçonnerie.

Par où commencer si le sujet vous intéresse

Pour une première lecture, deux formats fonctionnent bien : la synthèse courte et rigoureuse de Roger Dachez dans la collection Que sais-je ?, ou un ouvrage plus large si vous voulez le paysage complet.

La Franc-Maçonnerie – Roger Dachez (Que sais-je ?)

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Notre sélection commentée est détaillée dans les meilleurs livres pour comprendre la franc-maçonnerie.

Pour approfondir par thème : les symboles maçonniques, les signes de reconnaissance, les rites et les francs-maçons célèbres.

En résumé

Un franc-maçon est un membre d’une société initiatique qui travaille, en groupe et par les symboles, à son perfectionnement personnel. Le mot vient du métier de bâtisseur, l’institution vient des corporations médiévales, et sa forme actuelle date du début du XVIIIᵉ siècle anglais.

Le reste — secte, complot, religion cachée — relève d’une confusion entretenue par la discrétion de l’institution et par trois siècles de littérature à sensation. La réalité est à la fois plus banale et plus intéressante : quelques dizaines de personnes qui se réunissent deux fois par mois pour se lire des exposés et en discuter selon des règles précises.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un franc-maçon exactement ?

Un franc-maçon est un membre d'une société initiatique et fraternelle qui, réuni en loge avec d'autres, utilise des rites et des symboles issus du métier de bâtisseur pour travailler à son propre perfectionnement et à celui de la société. On y entre par cooptation et par une cérémonie d'initiation, pas par simple adhésion.

Que veut dire le mot franc-maçon ?

C'est un calque de l'anglais freemason, apparu en français vers 1730. Deux hypothèses coexistent : « free » viendrait de freestone, la pierre franche, un calcaire à grain fin dont la taille exigeait une haute qualification ; ou de « libre », désignant le maçon affranchi des obligations de la corporation locale et libre de circuler. Les deux désignent un artisan qualifié et mobile.

La franc-maçonnerie est-elle une religion ?

Non. Elle n'enseigne aucun dogme, ne promet aucun salut et ne pratique aucun culte. Selon les obédiences, une croyance en un principe supérieur peut être exigée — c'est le cas des obédiences dites régulières comme la GLNF — ou non : le Grand Orient de France a supprimé cette obligation en 1877 et accueille des athées.

Combien y a-t-il de francs-maçons en France ?

Les estimations situent le nombre entre 150 000 et 175 000, répartis entre une quinzaine d'obédiences. Ce chiffre est à manier avec prudence : toutes les obédiences ne publient pas leurs effectifs et les doubles appartenances existent. Le Grand Orient de France est la première d'entre elles.

Les femmes peuvent-elles être franc-maçonnes ?

Oui. Le Droit Humain, fondé en 1893 par Maria Deraismes et Georges Martin, est mixte ; la Grande Loge Féminine de France, née en 1945, est exclusivement féminine ; et le Grand Orient de France initie des femmes depuis 2010. D'autres obédiences restent strictement masculines : les trois configurations coexistent.

La franc-maçonnerie est-elle une société secrète ?

Non, c'est une société discrète. Les obédiences sont des associations déclarées avec des statuts, des adresses et des dirigeants publics ; le Grand Orient de France publie la liste de ses loges. Ce qui relève de la discrétion, ce sont les rituels et l'identité des membres qui ne souhaitent pas la révéler.

Combien coûte l'appartenance à une loge ?

Entre la cotisation à la loge, celle versée à l'obédience, l'achat des décors et la participation aux repas, il faut compter plusieurs centaines d'euros par an. Le montant varie sensiblement selon l'obédience et la loge, et constitue l'un des filtres sociologiques les plus concrets de l'institution.

Sources

  • Roger Dachez, La Franc-Maçonnerie, PUF, coll. « Que sais-je ? » — la synthèse de référence en français.
  • Les Constitutions d’Anderson, 1723, et l’édition de 1738 d’où provient le récit de la fondation de 1717.
  • Pierre Chevallier, Histoire de la franc-maçonnerie française, Fayard — pour l’implantation française et la création du Grand Orient en 1773.
  • Convent du Grand Orient de France, 1877, rapport de Frédéric Desmons — sur la suppression de l’obligation de croyance.
  • Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration du 26 novembre 1983 — position catholique actuelle.