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Le temple maçonnique : plan, orientation et symbolique

GR
Guillaume Renaud
· · 9 min de lecture

Un temple maçonnique n’est ni un lieu de culte, ni un bâtiment reconnaissable de l’extérieur. C’est une salle — souvent située à l’étage d’un immeuble ordinaire, parfois dans un local associatif — aménagée selon un plan symbolique précis et strictement identique d’une loge à l’autre.

Ce plan n’est pas décoratif. Chaque emplacement y répond à une fonction rituelle, et un franc-maçon entrant dans un temple qu’il n’a jamais vu, dans un pays dont il ne parle pas la langue, sait immédiatement où se placer. C’est cette grammaire spatiale qu’il faut comprendre.

Temple, loge, atelier : le vocabulaire

Trois mots que l’on confond systématiquement à l’extérieur.

La loge est le groupe humain : une trentaine à une centaine de membres, avec un nom, un numéro, des officiers élus, rattachée à une obédience. Une loge peut se mettre en sommeil, changer de local, fusionner.

Le temple est la salle. Un même temple accueille souvent plusieurs loges à des soirs différents : le mardi l’une, le jeudi l’autre. Les grandes obédiences disposent d’immeubles comptant plusieurs temples.

L’atelier est un terme générique désignant toute structure de travail maçonnique, y compris les ateliers de hauts grades qui portent d’autres noms que « loge ».

Le plan du temple

L’orientation

Tout part de l’axe Orient-Occident, qui reproduit symboliquement la course du soleil.

L’Orient est le fond de la salle, la place du Vénérable Maître qui préside. C’est de là que vient la lumière — métaphore centrale de l’initiation, puisqu’on « reçoit la lumière » lors de la cérémonie. Au-dessus de son siège figure le delta rayonnant.

L’Occident est le côté de l’entrée, gardé par le Couvreur.

Le Midi et le Septentrion — sud et nord — désignent les deux côtés latéraux. Les Apprentis siègent traditionnellement au Septentrion, réputé moins exposé à la lumière, et les Compagnons et Maîtres au Midi.

Précision qui surprend : cette orientation est purement conventionnelle. L’Orient du temple ne pointe pas vers l’est géographique ; c’est simplement le fond de la salle, quelle que soit l’orientation réelle du bâtiment.

Les colonnes J et B

À l’entrée se dressent deux colonnes désignées par les initiales J et B — Jakin et Boaz —, qui renvoient aux deux colonnes de bronze décrites à l’entrée du Temple de Salomon dans le Premier Livre des Rois (7, 21).

Leur lecture symbolique est celle d’une polarité complémentaire : stabilité et force, réceptivité et action. Les Apprentis siègent le long de l’une, les Compagnons le long de l’autre, selon les rites.

Le pavé mosaïque

Le centre du temple est occupé par le damier noir et blanc dont nous avons fait un article entier : le pavé mosaïque. C’est là que se déroulent les déplacements rituels.

Les plateaux

Chaque officier dispose d’un plateau — un pupitre — à un emplacement fixe : le Vénérable à l’Orient, les deux Surveillants à l’Occident ou de part et d’autre selon le rite, l’Orateur et le Secrétaire encadrant l’Orient. Cette disposition varie sensiblement d’un rite à l’autre, et c’est l’un des premiers repères qui permet à un visiteur d’identifier le rite pratiqué.

Notre article sur les grades maçonniques détaille le rôle de chacune de ces charges.

Le plafond et le reste

Beaucoup de temples ont un plafond étoilé — une voûte peinte d’étoiles sur fond bleu nuit —, rappelant que le travail se fait sous le ciel, « à ciel ouvert » au sens rituel.

On y trouve encore les trois grandes lumières posées sur le plateau du Vénérable, les chandeliers, le tableau de loge et, selon les rites, d’autres éléments que nous décrivons dans notre guide du matériel et des décors maçonniques.

Ce qu’il n’y a pas

Puisque le mot « temple » induit en erreur, autant dire ce qu’on n’y trouve pas.

Pas d’autel de culte. Le meuble central, quand il existe, porte les grandes lumières ; on n’y fait aucune offrande.

Pas de clergé. Le Vénérable Maître est un président de séance élu pour un an ou trois, pas un officiant. Il redeviendra un membre ordinaire à la fin de son mandat.

Pas de prière ni de sacrement. Certains rites ouvrent les travaux « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers », d’autres non : dans aucun cas il ne s’agit d’un acte cultuel.

Pas de croix, ni d’aucun symbole confessionnel dans la loge bleue — voir notre article sur la croix en franc-maçonnerie.

Les temples maçonniques en France

Le patrimoine est plus riche qu’on ne l’imagine, et une partie est accessible au public.

Le Grand Orient de France, rue Cadet à Paris, abrite un musée de la franc-maçonnerie ouvert au public, avec des collections d’objets, de décors et de documents. C’est le point d’entrée le plus simple pour qui veut voir de ses yeux ce que décrit cet article.

Plusieurs villes conservent des temples remarquables du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle, parfois de belle facture architecturale. Strasbourg revient souvent dans les recherches, la ville ayant une histoire maçonnique dense liée à sa position frontalière et à son passé germanique.

Le moment le plus favorable pour visiter reste les Journées européennes du patrimoine, en septembre : plusieurs obédiences ouvrent alors des temples habituellement fermés. Les programmes sont publiés chaque année par les obédiences elles-mêmes.

Peut-on entrer dans un temple sans être initié ?

Oui, dans trois cas.

Les tenues blanches ouvertes, réunions auxquelles des personnes non initiées sont conviées — souvent autour d’une conférence. Attention au vocabulaire : « blanche » qualifie le caractère ouvert de la réunion, pas la couleur des vêtements, comme nous l’expliquons dans notre article sur la tenue du franc-maçon.

Les journées portes ouvertes et les Journées du patrimoine.

Les musées maçonniques, dont celui de la rue Cadet.

Dans tous les cas, le temple est alors hors travaux : les rituels ne se déroulent jamais devant des non-initiés.

En résumé

Le temple maçonnique est une salle de travail organisée comme un texte : chaque emplacement y dit quelque chose, et l’ensemble forme une grammaire commune à des loges qui, par ailleurs, ne s’accordent sur presque rien.

C’est peut-être ce qu’il a de plus remarquable. Deux obédiences qui ne se reconnaissent pas mutuellement disposent leurs colonnes au même endroit — preuve que ce plan est plus ancien et plus solide que leurs querelles.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un temple maçonnique ?

C'est une salle aménagée selon un plan symbolique précis, où une loge tient ses réunions. Ce n'est ni un lieu de culte ni un bâtiment reconnaissable de l'extérieur : le plus souvent, il s'agit d'une salle à l'étage d'un immeuble ordinaire. Un même temple accueille couramment plusieurs loges à des soirs différents.

Quelle différence entre une loge et un temple ?

La loge désigne le groupe humain — une trentaine à une centaine de membres, avec un nom, des officiers élus et une obédience de rattachement. Le temple désigne la salle où ce groupe se réunit. Une loge peut changer de temple, et plusieurs loges peuvent partager le même.

Comment est orienté un temple maçonnique ?

Selon un axe Orient-Occident reproduisant la course du soleil. L'Orient est le fond de la salle, place du Vénérable Maître, surmontée du delta rayonnant ; l'Occident est le côté de l'entrée, avec les colonnes J et B. Le Midi et le Septentrion désignent les côtés latéraux. Cette orientation est purement conventionnelle : l'Orient ne pointe pas vers l'est géographique.

Y a-t-il un autel dans un temple maçonnique ?

Il n'y a pas d'autel de culte. Le meuble central, quand il existe, porte les trois grandes lumières, mais on n'y fait aucune offrande. Il n'y a pas davantage de clergé — le Vénérable Maître est un président de séance élu — ni de prière ou de sacrement.

Peut-on visiter un temple maçonnique ?

Oui, dans trois cas : lors des tenues blanches ouvertes, où des personnes non initiées sont conviées, généralement autour d'une conférence ; lors des Journées européennes du patrimoine, en septembre, où plusieurs obédiences ouvrent des temples habituellement fermés ; et dans les musées maçonniques, dont celui du Grand Orient de France rue Cadet à Paris. Le temple est alors hors travaux.

Que sont les colonnes J et B ?

Deux colonnes situées à l'entrée du temple, désignées par les initiales de Jakin et Boaz, qui renvoient aux colonnes de bronze décrites à l'entrée du Temple de Salomon dans le Premier Livre des Rois. Elles symbolisent une polarité complémentaire — stabilité et force, réceptivité et action — et les Apprentis siègent le long de l'une, les Compagnons le long de l'autre selon les rites.