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Les obédiences maçonniques en France : le guide comparatif

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Guillaume Renaud
· · 11 min de lecture

Il n’existe pas « une » franc-maçonnerie française mais une quinzaine d’obédiences, qui diffèrent sur à peu près tout ce qui compte : l’admission des femmes, l’exigence d’une croyance, les rites pratiqués, le rapport aux questions de société, et jusqu’à la reconnaissance mutuelle.

C’est la source de la plupart des malentendus sur le sujet. Une affirmation exacte pour une obédience est souvent fausse pour sa voisine — et les deux se qualifient pourtant de franc-maçonnes.

Le tableau comparatif

ObédienceFondationCompositionCroyance exigéeRites dominants
Grand Orient de France (GODF)1773Masculine, initie aussi des femmes depuis 2010NonRite Français, REAA
Grande Loge de France (GLDF)1894MasculineOui (déiste)REAA
Grande Loge Nationale Française (GLNF)1913MasculineOuiRite Émulation, REAA, autres
Le Droit Humain (DH)1893MixteNonREAA principalement
Grande Loge Féminine de France (GLFF)1945FéminineNonREAA, Rite Français
Grande Loge Mixte de France (GLMF)1982MixteNonDivers

Ce tableau ne couvre que les principales. Il existe une dizaine d’autres structures, plus petites, dont la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, la Grande Loge Mixte Universelle ou la Fédération Française du Droit Humain pour ses spécificités.

Les trois questions qui les séparent

1. La croyance

C’est le critère le plus discriminant, et il remonte à une date précise.

Jusqu’en 1877, le Grand Orient de France imposait à ses membres la référence au Grand Architecte de l’Univers et la croyance en l’immortalité de l’âme. Cette année-là, sur le rapport du pasteur Frédéric Desmons, il supprime cette obligation au nom de la liberté absolue de conscience.

La Grande Loge Unie d’Angleterre rompt alors ses relations avec lui. Elle ne les a jamais rétablies, et cette rupture structure encore le paysage mondial :

  • Les obédiences régulières exigent la croyance en un principe supérieur, travaillent en présence des trois grandes lumières, et interdisent les débats politiques et religieux en loge.
  • Les obédiences adogmatiques n’exigent aucune croyance, accueillent des athées, et autorisent leurs loges à traiter de sujets de société.

2. La mixité

Trois configurations coexistent en France, et cette diversité est une particularité française : masculine stricte, féminine stricte, ou mixte. Notre article sur les femmes et la franc-maçonnerie retrace comment on en est arrivé là, depuis l’initiation de Maria Deraismes en 1882.

3. Le rapport à la société

Les obédiences adogmatiques, GODF en tête, prennent publiquement position sur des sujets de société — laïcité, bioéthique, école. Leurs loges travaillent sur des questions d’actualité et transmettent des vœux au convent annuel.

Les obédiences régulières s’interdisent ce terrain : on n’y discute ni politique ni religion, et l’obédience ne s’exprime pas sur les débats publics. Ce n’est pas de la tiédeur mais une conception différente de ce qu’est une loge — un lieu qui doit rester à l’écart de ce qui divise.

La question de la « régularité »

Le mot revient constamment et mérite d’être démonté, parce qu’il est piégeux.

La régularité n’est pas un label de qualité, ni une reconnaissance officielle par un État. C’est une reconnaissance mutuelle entre obédiences, dont la Grande Loge Unie d’Angleterre s’est constituée arbitre historique. Une obédience est « régulière » si Londres et son réseau la reconnaissent, ce qui suppose de remplir certains critères : croyance en un être suprême, non-mixité, présence du volume de la loi sacrée, interdiction des débats politiques et religieux.

Trois conséquences pratiques.

Ce n’est pas un jugement de valeur. Une obédience non reconnue par Londres n’est ni moins ancienne, ni moins sérieuse, ni moins nombreuse — le Grand Orient de France est de très loin la plus ancienne et l’une des plus importantes.

Cela conditionne les visites. Un membre d’une obédience régulière ne peut normalement pas assister aux travaux d’une obédience non reconnue, et réciproquement. C’est la conséquence la plus concrète pour un membre qui voyage.

Le vocabulaire est polémique. « Régulier » et « irrégulier » sont des termes employés par un camp ; les obédiences adogmatiques préfèrent parler de traditions différentes. Il n’y a pas de position neutre sur ce vocabulaire, et mieux vaut le savoir en lisant sur le sujet.

Comment choisir la sienne

Si vous envisagez de frapper à la porte, quatre questions suffisent à orienter le choix, et il vaut mieux se les poser avant de candidater qu’après.

Voulez-vous travailler en mixité ? C’est le premier filtre, et le plus simple à trancher.

Devrez-vous vous prononcer sur une croyance ? Si l’idée de déclarer une foi vous pose problème, orientez-vous vers une obédience adogmatique. Si vous êtes croyant et souhaitez un cadre qui l’assume, les régulières y répondent mieux.

Souhaitez-vous parler d’actualité en loge ? Réponse très différente selon l’obédience, et source de déception fréquente chez les nouveaux initiés qui se sont trompés d’adresse.

Quel rite vous attire ? Le Rite Français est plus dépouillé, le Rite Écossais Ancien et Accepté plus fourni en symboles et en degrés, le Rite Émulation d’inspiration anglaise. C’est le critère le moins décisif au départ, parce qu’on le découvre en pratiquant.

En pratique, un cinquième critère l’emporte souvent sur les quatre autres : la loge la plus proche de chez vous. Deux tenues par mois en soirée, cela se fait mal à une heure de route. Notre article devenir franc-maçon détaille l’ensemble de la démarche.

Combien de francs-maçons en France ?

Les estimations convergent autour de 150 000 à 175 000 membres, à manier avec prudence : toutes les obédiences ne publient pas leurs effectifs, et les doubles appartenances existent — un membre peut appartenir à une loge symbolique et à un atelier de hauts grades relevant d’une autre structure.

Le Grand Orient de France est la première obédience du pays en nombre de membres, suivi de la Grande Loge de France et de la Grande Loge Nationale Française, les effectifs de cette dernière ayant sensiblement varié après la crise de gouvernance qu’elle a traversée au début des années 2010.

En résumé

Le paysage maçonnique français est fragmenté, et cette fragmentation est une donnée, pas un accident. Elle tient à des divergences réelles sur la croyance, la mixité et le rapport à la société — des questions sur lesquelles il n’existe pas de position évidente.

C’est aussi l’argument le plus solide contre l’idée d’un complot maçonnique coordonné, que nous examinons dans notre article sur la question de la secte et du danger : des institutions qui ne se reconnaissent pas mutuellement ne poursuivent pas un plan commun.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une obédience maçonnique ?

C'est une fédération de loges : elle délivre les patentes autorisant une loge à travailler, fixe les règles communes et représente ses membres. La loge est la cellule de base, avec ses trente à cent membres ; l'obédience est la structure qui la rattache. Il en existe une quinzaine en France.

Quelles sont les principales obédiences françaises ?

Le Grand Orient de France (1773, masculine et initiant des femmes depuis 2010, adogmatique), la Grande Loge de France (1894, masculine, déiste), la Grande Loge Nationale Française (1913, masculine, régulière), Le Droit Humain (1893, mixte), la Grande Loge Féminine de France (1945, féminine) et la Grande Loge Mixte de France (1982). Une dizaine d'autres structures plus petites existent également.

Que signifie « obédience régulière » ?

La régularité n'est pas un label de qualité mais une reconnaissance mutuelle entre obédiences, dont la Grande Loge Unie d'Angleterre s'est constituée arbitre historique. Elle suppose de remplir certains critères : croyance en un être suprême, non-mixité, présence du volume de la loi sacrée, interdiction des débats politiques et religieux. Sa conséquence la plus concrète est qu'elle conditionne les visites entre obédiences.

Quelle différence entre le Grand Orient de France et la Grande Loge Nationale Française ?

Le GODF, fondé en 1773, est adogmatique : il n'exige aucune croyance, accueille des athées, initie des femmes depuis 2010 et prend position sur des sujets de société. La GLNF, fondée en 1913, est régulière : elle exige la croyance en un principe supérieur, reste masculine, et s'interdit tout débat politique ou religieux en loge. La rupture remonte à 1877.

Combien y a-t-il de francs-maçons en France ?

Les estimations convergent autour de 150 000 à 175 000 membres. Ce chiffre est à manier avec prudence : toutes les obédiences ne publient pas leurs effectifs et les doubles appartenances existent, un membre pouvant relever d'une loge symbolique et d'un atelier de hauts grades. Le Grand Orient de France est la première obédience du pays.

Comment choisir son obédience ?

Quatre questions suffisent à orienter : voulez-vous travailler en mixité ; acceptez-vous de vous prononcer sur une croyance ; souhaitez-vous aborder l'actualité en loge ; quel rite vous attire. En pratique, un cinquième critère l'emporte souvent : la proximité géographique, deux tenues mensuelles en soirée se conciliant mal avec une heure de route.