Grand Orient de France obédiences histoire

Le Grand Orient de France : histoire et fonctionnement

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Guillaume Renaud
· · 10 min de lecture

Fondé en 1773, le Grand Orient de France est la plus ancienne et la plus importante obédience maçonnique française. Son siège de la rue Cadet, dans le 9ᵉ arrondissement de Paris, abrite un musée ouvert au public : c’est probablement le lieu le plus simple pour qui veut voir de ses yeux ce dont parle cet article.

Cet article est une présentation historique et documentaire, rédigée par un site indépendant. Pour toute démarche officielle — candidature, contact, information institutionnelle —, adressez-vous directement à l’obédience.

Une histoire de deux siècles et demi

La fondation, 1773

La franc-maçonnerie s’implante en France dans les années 1720-1730, apportée notamment par des exilés britanniques. Elle s’y développe vite mais en désordre, sans structure faîtière stable.

En 1773, la réorganisation de la première Grande Loge de France aboutit à la création du Grand Orient de France, doté d’une gouvernance nouvelle : les Vénérables ne sont plus propriétaires à vie de leur loge mais élus par leurs membres. C’est une rupture avec le modèle aristocratique, et elle annonce la culture délibérative qui caractérise encore l’obédience.

La rupture de 1877

C’est l’épisode décisif, et celui qui explique la place particulière du GODF dans le paysage mondial.

Jusque-là, l’obédience imposait à ses membres la référence au Grand Architecte de l’Univers et la croyance en l’immortalité de l’âme. En 1877, sur un rapport présenté par Frédéric Desmons — pasteur protestant, ce qui vaut d’être souligné —, le convent supprime cette obligation.

L’argument n’était pas antireligieux mais logique : une institution qui proclame la liberté absolue de conscience ne peut pas exiger simultanément une croyance déterminée.

La Grande Loge Unie d’Angleterre rompt ses relations. Elle ne les a jamais rétablies. Depuis, le GODF est qualifié d’« irrégulier » par le réseau anglo-saxon — un vocabulaire polémique dont nous expliquons les enjeux dans notre article sur les obédiences maçonniques en France.

Vichy

Le régime de Vichy dissout les obédiences par la loi du 13 août 1940, saisit leurs archives, publie au Journal officiel les noms de milliers de francs-maçons et exclut les fonctionnaires initiés de la fonction publique.

Cet épisode compte pour comprendre la sensibilité française sur le sujet : l’antimaçonnisme n’y est pas une abstraction mais une politique d’État qui a produit des persécutions réelles, il y a moins d’un siècle. Nous y revenons dans notre article sur la question de la secte et des mythes.

2010 : l’ouverture aux femmes

Après des années de débats internes vifs et plusieurs votes, le convent ouvre en 2010 la possibilité pour les loges d’initier des femmes. La décision laisse chaque loge libre : certaines le font, d’autres non. L’obédience reste majoritairement masculine.

Cette évolution s’inscrit dans une histoire plus large que nous retraçons dans les femmes et la franc-maçonnerie.

Comment il fonctionne

La loge est la cellule de base : trente à cent membres, un nom, un numéro, des officiers élus chaque année.

Le convent est l’assemblée annuelle où les loges, par leurs délégués, votent les orientations de l’obédience et se prononcent sur les vœux qu’elles ont préparés durant l’année. C’est l’instance souveraine.

Le Conseil de l’Ordre administre l’obédience entre deux convents, et son président — le Grand Maître — est élu pour un mandat court.

Ce fonctionnement est celui d’une structure délibérative ascendante : ce sont les loges qui décident, et l’échelon national exécute. C’est l’inverse de l’image pyramidale qu’on lui prête souvent.

Ce qui le distingue

L’adogmatisme. Aucune croyance exigée. Les loges peuvent travailler « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers » si elles le souhaitent — la suppression de 1877 est une liberté, pas une interdiction.

L’engagement sur les sujets de société. Le GODF prend publiquement position sur la laïcité, la bioéthique, l’éducation, la fin de vie. Ses loges travaillent sur ces questions et transmettent des vœux au convent. C’est ce qui le distingue le plus nettement des obédiences régulières, qui s’interdisent ce terrain.

Les rites pratiqués. Le Rite Français, dont il est le principal dépositaire, et le Rite Écossais Ancien et Accepté, majoritairement.

Le patrimoine. Le musée de la franc-maçonnerie, rue Cadet, conserve des collections d’objets, de décors, de tabliers et de documents parmi les plus importantes d’Europe. Il est ouvert au public, ce qui reste le meilleur moyen de se faire une idée concrète ; les objets qu’on y voit sont ceux que nous décrivons dans nos guides du tablier et du matériel maçonnique.

Y entrer

La démarche est celle décrite dans notre article devenir franc-maçon : candidature spontanée par le formulaire disponible sur le site de l’obédience ou parrainage, entretiens, trois enquêtes, passage sous le bandeau, vote à scrutin secret. Comptez de six mois à deux ans.

Les conditions sont celles de toute obédience adogmatique : être majeur, jouir de ses droits civiques, être « libre et de bonnes mœurs ». Aucune croyance n’est requise, ni dans un sens ni dans l’autre : on n’y demande pas davantage d’être athée que d’être croyant.

Les critiques qui lui sont adressées

Un portrait honnête suppose de les mentionner.

Le risque de réseau d’influence. C’est la critique sérieuse, et elle vise l’ensemble de la franc-maçonnerie plutôt que cette obédience en particulier. L’entraide entre membres, vertueuse en privé, devient problématique quand elle déborde vers les nominations ou les marchés publics. Des affaires judiciaires françaises l’ont établi. Le GODF a publiquement reconnu ce risque et prononcé des exclusions.

La politisation. Ses détracteurs — y compris au sein d’autres obédiences — lui reprochent de se comporter en acteur politique plutôt qu’en société initiatique. Ses défenseurs répondent que l’engagement civique est constitutif de son identité depuis le XIXᵉ siècle. C’est un débat interne à la franc-maçonnerie, pas une controverse tranchée.

En résumé

Le Grand Orient de France est une institution de deux siècles et demi, structurée du bas vers le haut, qui a fait en 1877 un choix — la liberté absolue de conscience — dont elle paie encore le prix en isolement international, et qu’elle n’a jamais reconsidéré.

C’est ce qui la rend intéressante à étudier : peu d’institutions assument aussi longtemps une décision qui leur coûte.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Grand Orient de France ?

C'est la plus ancienne et la plus importante obédience maçonnique française, fondée en 1773, avec plus d'un millier de loges en France et à l'étranger. Son siège se trouve rue Cadet à Paris, où un musée de la franc-maçonnerie est ouvert au public. Il est adogmatique : il n'exige de ses membres aucune croyance.

Pourquoi le Grand Orient de France n'est-il pas reconnu par l'Angleterre ?

En 1877, sur un rapport du pasteur protestant Frédéric Desmons, le convent a supprimé l'obligation faite aux membres de se référer au Grand Architecte de l'Univers et de croire à l'immortalité de l'âme, au nom de la liberté absolue de conscience. La Grande Loge Unie d'Angleterre a rompu ses relations et ne les a jamais rétablies.

Faut-il croire en Dieu pour entrer au Grand Orient de France ?

Non. Aucune croyance n'est requise, ni dans un sens ni dans l'autre : on n'y demande pas davantage d'être athée que d'être croyant. Les loges restent d'ailleurs libres de travailler « à la gloire du Grand Architecte de l'Univers » si elles le souhaitent — la décision de 1877 a supprimé une obligation, pas instauré une interdiction.

Le Grand Orient de France initie-t-il des femmes ?

Oui, depuis 2010, à l'issue de plusieurs années de débats internes et de plusieurs votes. La décision laisse chaque loge libre : certaines initient des femmes, d'autres non. L'obédience reste majoritairement masculine.

Comment fonctionne le Grand Orient de France ?

La loge est la cellule de base, avec ses officiers élus chaque année. Le convent, assemblée annuelle des délégués des loges, est l'instance souveraine : il vote les orientations et se prononce sur les vœux préparés par les loges. Le Conseil de l'Ordre administre l'obédience entre deux convents. C'est une structure délibérative ascendante, où les loges décident et l'échelon national exécute.

Peut-on visiter le Grand Orient de France ?

Oui. Le musée de la franc-maçonnerie, rue Cadet dans le 9e arrondissement de Paris, est ouvert au public et conserve des collections d'objets, de décors, de tabliers et de documents parmi les plus importantes d'Europe. Des temples sont également ouverts lors des Journées européennes du patrimoine.

Sources

  • Pierre Chevallier, Histoire de la franc-maçonnerie française, Fayard — sur la fondation de 1773 et le XIXᵉ siècle.
  • Convent du Grand Orient de France, 1877, rapport de Frédéric Desmons.
  • Loi du 13 août 1940 portant interdiction des associations secrètes, et publications du Journal officiel de l’État français, 1940-1944.
  • Musée de la franc-maçonnerie, Paris — collections publiques de l’obédience.